Breizoi

Hôpital de campagne de Breizoi

Situé sur le département de Sibiu, à environ 1h de route, cet hôpital n’en a que le nom puisqu’il ne peut réaliser la moindre opération du fait de l’absence de matériel chirurgical. N’ayant reçu aucun fond pour créer une structure officielle d’accueil pour les enfants abandonnés, il fut décidé d’utiliser 2 pièces au 1er étage du bâtiment pour accueillir des enfants qui n’ont jamais été récupérés par leurs mères après leur maladie ou ceux qui furent abandonnés dans la rue.

Sans moyen, ce service utilise les restes de nourriture destinés aux malades pour nourrir les enfants… Et pour les plus petits, on utilise une grande bouteille d’eau dans laquelle on ajoute un peu de lait en poudre!

Je pénètre dans une pièce aux murs blancs, sans aucune décoration, dans laquelle règne une odeur insupportable. 2 femmes qui tiennent lieu de « nounou » ne me quittent pas des yeux.  Je sais qu’il va m’être très difficile de fixer sur la pellicule ce que je découvre. L’ambiance est tendue. Notre présence est à peine tolérée. Au fond de la pièce, sur un grand lit, se tient une petite fille à la tête rasée. Adnana a 5 ans et a été placée dans cet établissement suite à de nombreuses violences physiques de la part de sa mère. Lorsque la fillette est arrivée, elle avait le corps recouvert de bleus. Assise sur ce lit, elle reste silencieuse et son visage n’exprime aucune émotion. Physiquement mais surtout psychologiquement, cette enfant est en grande souffrance.

A ses côtés, j’aperçois 2 petits lits à barreaux blancs recouverts d’un matelas crasseux sur lesquels se tiennent 2 enfants d’une dizaine de mois dans un état physique lamentable qui ne cessent de se balancer d’avant en arrière. Il s’agit de l’un des symptômes de l’hospitalisme qui correspond à un syndrome de régression mentale que développent les jeunes enfants en carence affective. Par ces mouvements, l’enfant recherche le balancement  qu’il a connu dans le ventre de sa mère. Certaines fois, il va jusqu’à se taper la tête contre un mur pour tenter d’établir un contact lui permettant de se retrouver dans son espace de bébé.

Dans l’un des lits se tient une petite fille emmaillotée dans des bouts de tissu trempés d’urine. Elle serre dans ses petites mains un petit cheval à crinière verte. Son regard est vide, livide. Sa peau est blanche, cadavérique. L’infirmière française qui m’accompagne me glisse à l’oreille que son état est grave: elle est atteinte d’une anémie et d’une déshydratation très avancées. Sans une prise en charge médicale rapide, les chances de survie de cette fillette sont faibles. Mais comment parler de soins alors qu’ici personne ne se préoccupe de leur équilibre psychologique et de leur alimentation?

Une dernière fois, je passe ma main sur son petit front brûlant. Ses grands yeux noirs restent sans expression, son regard déjà perdu dans un autre monde. Ni vivante, ni morte. Ailleurs.

Un enfant ne devrait vivre que dans un univers d’enfant. Mais ici, ils vivent dans un monde de souffrance et d’horreur. On pense trop souvent que les enfants ne savent pas ce qu’est la mort. Nous, nous protégeons nos propres enfants de cette vision. Mais ici, ils la rencontrent et la côtoient. Quelques fois, elle a failli les emporter. Elle a saccagé leur monde.

Breizoi n’est que le début d’un terrible voyage qui n’est rien en comparaison à ce que je vais découvrir au centre de Riul Vadului…

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